Guns Of Brixton est mort, vive Guns Of Brixton ! (Interview post-mortem)

Salut à tous, Caillou pour vous servir, oui, je sais, ça faisait longtemps !

Il y a quelques semaines, j’ai appris que les Guns Of Brixton, groupe de post-rock/dub qui a bercé mon adolescence normande, allaient se séparer, et s’étaient programmés une soirée d’adieu jeudi 24 octobre au Big Band Café à Caen. Ni une ni deux, je pose mon jeudi-vendredi et réserve mes places (pour trois fois rien en plus).

Guns of Brixton

Artwork de David Snug pour la dernière des Guns

Mine de rien, les Guns faisaient partie de ces groupes que j’adore et que j’ai envie de faire découvrir à tout le monde, ça faisait un bail que je me disais qu’il faudrait que je les interviewe un jour, ça sera juste arrivé plus tôt que prévu. Bref, la soirée promettait d’être particulièrement agréable, un premier groupe que je ne connaissais pas, Totorro, et la valeur sûre de Zenzile en clôture.

Pour en parler brièvement, Totorro n’est pas très loin du son des Guns, et ça doit être pour ça que les deux groupes s’entendent (et se chambrent) bien, après un certain nombre de dates communes. Les rennais envoient donc un bon post-rock avec une petite pointe de power-pop raffraîchissante par moment, 2 grattes, un bassiste-chanteur et un batteur, classique mais efficace ! Les 4 gaillards ont bien remué la salle, et j’ai découvert un bon groupe !

Ensuite sont arrivés les condamnés, pour un live comme ils savent les faire, propre, planant, glaçant, qui remue les tripes à grands renfort de basse bien lourde et de riffs accrocheurs. On sent vraiment la communion entre les membres, comme toujours, mais avec un petit quelque chose en plus pour cette occasion particulière. Le public était loin d’être innocent, puisqu’on sentait bien que la plupart connaissaient les morceaux, et n’hésitait pas à brailler et taquiner les Guns, dont le batteur a découvert, pour le dernier concert du groupe, qu’il pouvait parler au public par le biais de ses micros de batterie, après 11 ans de silence, ça fait un choc !

(Une vidéo du live par tc1tr)

Le concert se termine, les mecs ont l’air heureux comme des gosses, et un peu ému en même temps, pour nous aussi, ça fait bizarre de se dire que c’était la dernière…

Après une courte pause pendant laquelle j’aurais été discuter avec les Guns arrivés quasiment aussitôt au merch’ pour leur choper une galette et se fixer l’interview en fin de soirée, Zenzile arrive sur scène. Là encore pas forcément de surprise, les briscards déroulent leur dub rôdé par les années, et on en prend plein la tronche, ça fait du bien et ça sera toujours aussi bon de les voir sur scène !

Deux rappels plus tard, je vais rejoindre Cyrille, guitariste-hurleur des Guns pour l’interviewer :

Music U Need : Alors, ça fait quoi d’être morts ?
Cyrille : C’est assez bizarre comme expérience hein, j’crois qu’on réalise pas encore vraiment ce que ça fait. On a tous versé une petite larme tout à l’heure, mais, j’pense qu’on n’est pas très réalistes de la situation, vu qu’il y avait plein d’amis à jouer, plein d’amis dans le public, plein de gens super sympa à venir nous dire « c’est super » etc. Donc on va se prendre la pillule dans quelques semaines, quelques jours, je sais pas, je pense sincèrement qu’on réalise pas vraiment, ça viendra après.

MuN : Parlons un peu du passé alors, 3 mots pour résumer 11 ans ?
C : Amitié, Passion et … compliqué le troisième… et plaisir 🙂

MuN : Et 3 souvenirs qui t’ont marqué, en bien ou en mal ?
C : Je pense, aujourd’hui, ça reste quand même un truc assez costaud. On parle toujours de nos tournées allemandes, parce que c’est vraiment un grand souvenir à chaque fois. Et un autre, à postériori, le tout début, quand on jouait pas bien, et qu’on arrivait comme ça et qu’on était un peu reconnus dans la scène dub, donc c’est aussi un grand souvenir ouais.

MuN : C’est vrai que ça faisait partie des questions que j’avais en tête, les débuts, sur comment ça s’est passé, vous venez plutôt du hardcore, et le batteur du reggae, je crois.
C : Dans les membres originels, ouais, y’a Nicolas, le bassiste et moi qu’étions plutôt dans le hardcore, Sidoine, le batteur, avait fait des projets plutôt reggae fusion avant. C’est un peu nous les trois personnes, le line up originel, on a jamais bougé, après, y’a des gens qui sont arrivés, qui sont partis, tout ça, mais je sais plus ce que tu m’as posé comme question (rires).

MuN : En fait, arriver dans le dub en venant du hardcore, ça a pas été pas un peu compliqué ?
C : Non, c’était une vraie volonté de faire autre chose que nos origines, parce que, étant plutôt des gens qu’écoutions du punk, le reggae dans le punk a toujours été quelque chose de présent. J’ai découvert le reggae par le punk, enfin « je », je pense que pour les autres c’est pareil, par les Clash, par The Ruts, les Bad Brains etc.

MuN : C’est pas pour rien que vous vous appelez « Guns of Brixton »
C : Ouais, ça résume bien la chose, et à partir du moment où je me suis intéressé à ce son là, que j’ignorais avant, ça m’a retourné et ce mélange des genres, on a un peu pris le parti d’explorer ce genre de choses. Ne pas rester cloisonnés dans un style et s’ouvrir à autre chose, la musique noire, le reggae entre autres, et après la soul, et puis, nous aussi, avec notre background punk, le métal, c’est un joyeux bordel de tout ça quoi.

MuN : Et donc petit à petit, vous avez dérivé vers du post rock avec de moins en moins de dub, le naturel qui est revenu au galop, ou une volonté derrière ?
C : Non, pas du tout une volonté, on ne s’est jamais infligé de suivre tel ou tel mouvement, parce que comme tu le disais tout à l’heure, s’appeler « guns of brixton », pour nous, c’est justement oouvrir la musique à autre chose que faire QUE du dub ou QUE du punk ou QUE du post rock,. Après comme tu le soulignais, on s’est dirigé vers le post rock, mais on a quand même gardé des riddims de basse-batterie un peu dub, pas reggae effectivement, mais on est toujours resté un peu dans cet esprit là, après on a posé des guitares dessus un peu différentes et puis le temps effectivement, moins de choses comme ça, mais pour nous, c’est juste une simple évolution de ce qu’on voulait faire, et pas un changement. En tout cas ça a jamais été le souhait de faire un changement, c’est la suite de ce qu’on propose.

MuN : À ce propos, quand vous vous mettiez à faire un album, c’était tous ensemble, chacun de votre côté ?
C : Non, on est un groupe… on était un groupe de rock, on a toujours été un groupe de rock, et les compos, c’est dans le local de repet’, tout le monde le nez dans la farine, on répète, on trouve des idées, y’en a des bonnes, super, y’en a des mauvaises, on les jette, c’est toujours ce qu’on avait convenu, y’a pas quelqu’un qui arrive, « j’ai les morceaux, j’ai toutes les idées, toi, ta gueule ». On a toujours tenté de faire une histoire collective.

MuN : ça se ressent sur scène justement, y’a un truc qui passe entre vous, quand vous jouez
C : Ouais, au delà de faire de la musique ensemble, on est des potes, on est des amis, des vrais.

MuN : Une reformation un jour ?
C : Là, tu me demandes ça ce soir, c’est pas prévu, je pense pas.

MuN : C’est quelque chose que vous vous dites « Non, on le fera pas » ou c’est juste que vous vous êtes pas posé la question ?
C : Non, c’est pas ça, on a choisi d’arrêter pour plein de raisons, y’a aucune raison majeure qui fait qu’on arrête, on arrête pas parce que machin peut plus sacquer bidule. On se voit tout le temps, on boit des cafés ensemble, on boit l’apéro, on va au ciné, faire du sport, on était, on est et on restera amis, après, pour le moment, faire de la musique ensemble, c’est pas exclu, c’est juste le groupe Guns of Brixton qui n’existe plus. Peut-être il se passera autre chose, y’a rien de prémédité, y’a rien d’arrêté, si ça arrive, tant mieux, si ça arrive pas, tant pis, ça n’empêchera pas qu’on se verra toujours et que ça restera à la vie à la mort en nous, 11 ans avec les amis, c’est pas à la poubelle, c’est juste le groupe qui n’existe plus et ça va pas plus loin.

MuN : Et donc, vous avez d’autres projets pour la suite ?
C : Chacun de notre côté, on a fait d’autres trucs où vraiment personne ne joue ensemble, mais avec d’autres amis, à Caen, on se connaît un peu tous dans la musique. Sidoine (le batteur, ndlr) il joue avec un groupe qui s’appelle Jaguar qu’est plutôt pop/rock, Nico (le bassiste, ndlr), il est dans 64 dollar question, qu’est un groupe plutôt pop/punk, un groupe qu’avait fini et qui a repris Tony (aux machines dans Guns of Brixton, ndlr), il est dans Icarus Fall, les anciens R2Jeu, qui font un projet maintenant post-rock.

MuN : Avec le batteur des 64 d’ailleurs…
C : Exact, et David (l’autre guitariste, ndlr) je crois qu’il a pas grand chose de prévu pour le moment, à voir ce qu’il fera par la suite. Et moi j’ai redémarré un truc avec des vieux briscards, plutôt hardcore, avec le même batteur, de 64, Explicit et des gars d’Amanda Woodward. Oui, y’a d’autres choses qui démarrent, mais on sera ptet moins en avant qu’on a pu l’être avec Guns Of Brixton, mais on n’arrête pas la musique, c’est pas un vrai enterrement.

MuN : Merci bien, merci pour ces 11 années de bonheur et bonne continuation à vous pour vos projets futurs.
C : De rien, et merci à vous aussi.

Guns of Brixton

Photo tirée de la page facebook des Guns lors d’un concert en Allemagne

Voilà, on se fait diriger vers la sortie par les videurs du BBC, et on laisse les Guns profiter de leur soirée post-mortem avec leurs potes (parmi lesquels quelques membres d’autres groupes caennais, 64 dollar question, Icarus Fall et Concrete Knives entres autres) et on se rentre, un gout un peu amer dans la bouche, mais tellement bien d’avoir vécu cette dernière avec eux. Encore merci pour tout les gars, pour cette interview que j’attendais, en espérant de pas vous avoir trop emmerdé, et merci aussi pour tout le reste, vous nous aurez fait vibré tant de fois, c’était vraiment bon, putain.

Une petite vidéo pour la route, pour vous faire une idée de ce que c’était de se prendre les Guns en pleine face 😀 Elle ne date pas du concert où j’étais, mais d’un autre concert dans la même salle.

C’était Caillou pour Music U Need, à bientôt !

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